Legends trail 2026
- Mickaël BERTHON

- 10 mars
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : 11 mars
Comment me suis-je préparé au trail le plus dur de Belgique ?
La préparation revête un aspect primordial de la performance en ultra-trail, encore plus lorsque, comme l’immense majorité des athlètes, cette préparation doit s’intégrer dans un schéma non professionnel de la pratique de notre passion.
A travers mon vécu lors du LegendsTrail 2026, je vous partage mes réflexions pour préparer au mieux une course d’ultra-trail et optimiser vos chances d’être « finisher ».
350km et 12500 d+ sans balisage ni assistance à travers l’hiver des Ardennes Belge.

Tout d'abord, pourquoi vouloir réaliser un tel défi ?
Me revoilà pour une 3ᵉ participation à cette course si spéciale de par le calendrier et les lieux. Mais aussi son organisation authentique et intimiste.
Il y a 2 ans, lors de ma victoire, Tim (l'organisateur) m'avait annoncé son intention de créer un parcours anniversaire et alors que j'avais ma place offerte pour l'année suivante, la seule envie qui m'est restée en tête fut de participer à cette édition pour les 10 ans de l'événement. Cela fait donc 2 ans que j'ai le souhait de vivre cette aventure de nouveau. Cette envie sincère d'être de la fête et de me challenger encore plus dans un environnement qui m'avait chahuté lors de ma première venue, mais que j'avais si bien compris la fois suivante. Mon "pourquoi" sonne comme une évidence et me motive depuis un long moment.
La situation présente
En 24 mois notre vie s'est considérablement enrichie et je suis devenu papa d'une jolie petite fille de 16 mois, qui égaye notre vie, en rendant le quotidien un peu plus ultra encore. J'ai aussi décidé d'enrichir ma vie pro en y ajoutant une activité de passionné, et de réaliser un rêve de gamin en allant poser mes fesses sur les bancs de la fac, 2 activités qui réorganisent mes schémas et mon temps professionnel.
Des projets et des objectifs multiples qui pourraient m'éloigner de l'ultra-trail un moment. Mais cela, c'est sans compter sur l'amour que je porte à ma discipline. Une nécessité comme celle de respirer.
L'état des lieux
Au fil de l'année, je pense de façon constante à mes futurs objectifs sportifs et mon entrainement se cale ou non sur ces derniers, selon l'équilibre de vie que je dois trouver.
À un peu plus de 2 mois de l'événement, le constat était à poser. Je ne pourrai pas assumer le volume d'entraînement nécessaire pour arriver au top de mes capacités sans compromettre mon équilibre de vie familiale, professionnelle et créer une grosse dette de stress et de fatigue globale.
Ma réaction
Mais alors que faire ? Les défis d'ultra-endurance font partie intégrante de moi, ils me structurent en tant qu'Être, il n'était pas question de renoncer. J'ai une assez grande connaissance de mes capacités et des années d'expériences acquises pour savoir que je peux aller au bout de ces monstres de l'ultra sans une grande préparation (toute proportion gardée), mais évidemment, après ma victoire de 2024 je serai attendu, j’ai envie de jouer devant, et cela nécessite un niveau d'équilibriste élevé à défaut de temps d'entraînement spécifique.
Quelques chiffres
On a souvent besoin de chiffres, nous, humains, on aime beaucoup compter pour se jauger, cela fait partie des appétences que je tends à remplacer par une très grande connaissance de "moi". Facteur plus impactant sur la performance. En voici tout de même quelques-uns pour vous faire une idée :
En croisant le trail le skating et le ski de randonnée, j'ai réalisé 30 heures d'activités, environ 200km et 10000 mètres de dénivelé chaque mois ,dont les 2/3 en baskets, sur les 2 derniers mois pleins. Ce n'est pas rien ! Mais au regard des 350km et 12500 mètres de dénivelé qui m'attendent, ce n'est pas suffisant pour envisager une performance exceptionnelle, et donc jouer la gagne face à un ou des athlètes ultra préparés pour l’objectif.
J'en ajouterais la moitié sur le début du mois de Février mais ce n'est pas là que je vais pousser mes vecteurs de performance.
En comparaison, j'avais fait 80% de plus en volume en 2024 pour ma préparation. Ce qui en hiver sur mon terrain de jeu, était assez remarquable.
Ma stratégie
Il y a selon moi des facteurs clés qui ont tous autant d'importance que les entraînements sportifs lors de cette préparation et qui seront mes vecteurs de performance.
Le sommeil. Là encore je risque d'être juste, je vais travailler de nuit le lundi et mardi précédant la course et bébé n'a pas encore décidé de nous offrir de vrais dodos. J'ai donc conscience que, dans un souci de performance sur une course de 3 nuits, je vais peut-être devoir me reposer dès la première nuit pour ne pas creuser une dette déjà installée. Je suis donc prêt à prendre du retard sur la tête pour mieux gérer la constance de mon allure sur l'ensemble de la course.
Les entraînements clés. En hiver, il est difficile de prévoir des périodes blocs sous nos latitudes. J'ai donc attaché de l'importance à réaliser 3 séances clés pour moi sur ce format. Sans entrer dans les détails, l'idée était de se rapprocher de distances/dénivelés/temps de course/conditions rencontrés pendant la course entre 2 checkpoints. N'oubliez pas que le meilleur entrainement à quelque chose, c'est ce quelque chose… à quelque chose près !
La régularité. Peu importe le temps que j'avais devant moi, je me suis attaché à sortir au moins 4 fois par semaine durant les 10 dernières semaines.
La préparation logistique. Tout est testé sur le terrain, je connais les règles du jeu, le matériel obligatoire et la nutrition sont prêts. Je sais où je dors, je sais où je vais, quand et comment.
La gestion de la culpabilité. En voilà un sujet lorsqu'on a une famille. Vu que je manque de temps pour l'entraînement, je fais surtout en sorte de ne pas en manquer pour les miens. Je ne peux pas me sentir en phase avec la réalisation de ma passion si je n'ai pas un équilibre à ce niveau. Avoir la sensation d'impacter négativement ma famille au travers de ma passion est quelque chose de très néfaste pour moi, je m'attache à l'éviter au maximum. Mieux vaut une sortie annulée qu'une sortie à ruminer.
L'état d'esprit. Une de mes grandes forces, j'aime ce que je fais, mais vraiment j'aime ça! Je ne ressens aucune pression négative avant, au moment de prendre le départ ou pendant la course, car je suis à la fête. Je sais que c'est mon moment à moi. Et cette 10ᵉ édition est une superbe fête pour moi. Bien entendu il y aura des moments difficiles, comment pourrait-on célébrer quelque chose si cela n'avait pas de saveur ? J'ai envie d'y être et de me sentir vivant !
La confiance. En soi et en la vie. Et oui, il faut quand même un peu s'aimer dans le bon sens du terme dans tout ça. Se dire qu'on a les clés qu'il faut pour y arriver, et que même lorsque tout va mal, une solution finit toujours par apparaitre. Même si je ne suis pas prêt à 100%, je suis plus prêt que l'homme moins prêt que moi.
2 curseurs rajoutent de la confiance à mon engagement à quelques jours du départ :
Je ne suis pas tombé malade de l'hiver alors que 100% des gens dans mon entourage pro et familial l'ont été. Ce qui montre une bonne hygiène de vie globale sur ces derniers mois.
J'ai 1 petit kilo de plus que mon poids de forme (je ne cherche jamais à atteindre un poids, cela doit toujours être une conséquence de), ce qui est un excellent point pour ma lipolyse que je compte faire marcher à fond pendant ces 3 jours de compétition.
Ce qu’il a fallu gérer en course
Partir pour une telle aventure malgré une préparation sérieuse ne garantit pas un chemin sans embûche, c’est même l’un des plaisirs de l’ultra, tôt ou tard il y aura un imprévu à gérer et ce Legends Trail n’a pas dérogé à la règle.
Bâton de berger !
2 heures après le début de la course, au moment de déplier mes bâtons 4 brins, le système de verrouillage de l’un d’eux casse. Cela m’embête mais je me dis qu’il vaut mieux que ça arrive ici que dans les Alpes, je passe donc en mode berger dans les montées et, au fur et à mesure que le temps défile j’imagine une solution de réparation à la première Base Vie. En arrivant, je demande à un bénévole du « tape » et l’enroule autour de mes 2 brins à solidariser. Je suis ravie, j’ai deux nouveau 2 bâtons même si je ne pourrais plus les plier et les ranger à ma guise.
Froid quand tu nous tiens !
Lors de la 2e nuit, je sais que je vais devoir traverser la section la plus difficile de la course, le secteur des Hautes-Fagnes , marécages immenses nichés sur des hauts plateaux qui offrent peu de protections aux éléments météorologiques. Problème, le secteur est complètement enneigé et le vent froid d’ouest bien présent, rendant la progression encore plus lente et l’exposition au froid encore plus grande, je me retrouve mouillé de tout mon corps, le matin qui suit devient difficile, j’ai puisé beaucoup d’énergie et je n’arrive plus à me réchauffer malgré des couches de vêtements sec et chaud ajoutées et une tentative de couvrir mes mains avec des manchettes transformées en moufles fines pour palier à un manque de gants de rechange secs. Je commence à ressentir les effets d’une hypothermie légère. Il n’y a plus que ma tête qui ressent encore de la chaleur, le reste de mon corps, malgré des tentatives de réchauffement en courant les montées même les plus raides qui se présentent à moi, ne fonctionne pas. Je commence à douter, mais ne panique pas, je me dis que le prochain restaurant ou bar ouvert sera un refuge bienvenu, mais je n’en croise aucun ! Alors, je rejoins lentement la Base Vie suivante où la formidable équipe de bénévole et la « doc » me prennent en charge, il m’aura fallu quasi 16 heures pour valider cette section. 35 °C, c’est bas, mais pas dramatique, entouré de bouteilles d’eau chaude à même la peau et d’un bon plat chaud que je dévore (par deux fois !) je reprends petit à petit mon énergie et une température acceptable pour repartir. Le doute n’existe plus à ce moment-là. Je finirais le LegendsTrail ! Mais le doute a existé, il s’agit là du moment le plus critique de ma course où j’aurais pu décider d’arrêter. Ma stratégie consiste à dealer avec mon esprit de potentiels moments de réconforts en attendant que l’orage passe. En l’occurrence ici, avancer pour trouver un lieu de confort comme un bar/restaurant.
Votre batterie est faible
Au moment de repartir, je récupère ma montre qu’un bénévole avait mis à charger pendant que la doc me checkait. Je me rends compte que le câble a mal été mis et qu’elle n’a pas chargé. J’attends donc 15 minutes supplémentaires pour me donner une chance de faire la section suivante avec ma cartographie/navigation jusqu’à la dernière base-vie.
Je suis responsable de mon matériel, à aucun moment je ne peux en vouloir à un bénévole de son erreur, c’est à moi de prendre soin et de vérifier ce dernier.
40 %, je fais de rapides calculs d’apothicaire et considère qu’au vu des données théoriques du constructeur cela suffit. Erreur, vers environ 01 heure du matin la 3e nuit de course, la montre s’éteint, il me reste environ 10 heures avant d’atteindre le prochain checkpoint. Je sors le téléphone qui affiche 20 % de batterie, aucun coureur à moins d’une heure de moi devant ou derrière sur qui compter pour naviguer. Je n’ai pas le choix, si je veux savoir où aller, il faut que je navigue à la carte. Heureusement, le réseau me permet de rapidement télécharger la carte et le tracé de la course pour l'utiliser hors ligne, je mets la luminosité au plus bas et le mode avion pour que le smartphone ne me lâche pas à son tour. Me voilà parti en navigation dégradé, mais toujours en course !
L’humain plutôt que la technologie
Arrivé à la dernière base-vie, Ivo Steyaert, le coureur qui me précédait, est toujours présent sur place. Je m’installe bien décidé à faire ma popote, mais une très gentille bénévole insiste pour m’aider et me demande si j’ai des appareils à charger. Je lui explique que ma montre est à charger, mais que vu ce qui s’est passé au dernier CP, je préfère m’en occuper. Elle insiste en me rassurant qu’elle vérifiera le voyant de charge et me donnera l’information. Je cède au confort et m’assieds pour m’occuper de mes pieds et manger un plat chaud. Je décide d’aller vérifier tout de même après m’être requinqué et je découvre une montre définitivement éteinte qui ne charge plus malgré un voyant qui aurait pu le laisser penser (encore une fois je ne peux pas en vouloir aux bénévoles, ils sont juste hyper serviables, à nous d’être exigeants dans notre exécution. ) Je comprends que je vais devoir naviguer à la carte jusqu’au bout sauf qu’Ivo est là et nous avons passé un très bon moment ensemble durant la première journée. Je me tourne alors vers lui et lui demande si cela le dérange que nous partions ensemble pour naviguer et finir ce LegendsTrail, il accepte sans hésiter et je reconnais chez lui les valeurs d’un grand Athlète. Nous partirons et finirons cette aventure ensemble à la quatrième place, il n’aurait pu en être autrement.
A travers mes réflexions de préparation et certains évènements clés de mon Legendstrail 2026, j’espère vous avoir donné une idée de la richesse des facteurs de performance inhérents à la pratique de l’ultra distance.
Le terrain fait "loi" mais celui qui ose gagne !
À bientôt dré dans l'pentu !
Mickaël Berthon
Coach ultra trail









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